ARCANE 32 / ~3 MIN DE LECTURE / PAGES SOURCE 538–541
Thomas Bayer, le continent américain
La mémoire mondiale du Marché de l’Art
Lorsque le chantier du Mireur commença enfin à trouver son rythme, je compris que nous venions de franchir un seuil. Pour la première fois, nous maîtrisions véritablement les fondations historiques du Marché de l’Art européen.
De 1700 à 1911, une grande partie de la mémoire documentaire retrouvait progressivement son unité. Mais une évidence s’imposa immédiatement. Le Marché de l’Art n’avait jamais été seulement européen. Depuis le XIX ᵉ siècle, un autre continent avait construit sa propre mémoire.
Les États-Unis.
Très tôt, je compris que si nous voulions véritablement parler de mémoire mondiale, nous devions sortir définitivement de notre regard européen.
C’est alors que Thomas Bayer entra dans notre histoire. À première vue, tout nous séparait. Lui appartenait au monde universitaire américain. Son travail était celui d’un chercheur d’une rigueur remarquable. Pendant des décennies, il avait patiemment reconstitué les adjudications anciennes des grandes Maisons de Ventes anglo-saxonnes. Son corpus couvrait près de deux siècles d’histoire.
Quarante-deux mille résultats.
Quatre-vingt-dix Maisons de Ventes.
Une matière documentaire exceptionnelle.
Mais ce qui me frappa immédiatement ne fut pas l’ampleur de son travail. Ce fut sa méthode. Chaque information était vérifiée. Recoupée. Documentée.
Là encore, je retrouvais une même exigence intellectuelle. Le Marché de l’Art ne pouvait être étudié sérieusement qu’à une seule condition. Ne jamais sacrifier la preuve.
Nos premiers échanges furent très simples. Nous parlions finalement moins d’acquisition que de recherche. Thomas Bayer voulait comprendre ce que nous construisions réellement. Je lui expliquai que notre objectif n’était pas d’ajouter une nouvelle banque de données à celles qui existaient déjà. Nous voulions relier entre elles toutes les mémoires du Marché de l’Art. À mesure que notre conversation avançait, je retrouvai un phénomène déjà observé chez Enrique Mayer. À partir d’un certain moment, Thomas Bayer ne parlait plus seulement de son travail. Il réfléchissait à ce que son travail pourrait devenir. Il comprenait que ses quarante-deux mille résultats ne seraient plus isolés.
Ils allaient dialoguer avec le Mireur.
Avec Mayer.
Puis, bientôt, avec les biographies américaines, les catalogues, les signatures, les archives et toutes les autres couches documentaires que nous réunissions progressivement.
C’est à cet instant que je compris la véritable force d’Artprice. Chaque nouveau corpus augmentait la valeur de tous les précédents. Aucune acquisition ne restait isolée. Chaque mémoire venait enrichir toutes les autres.
Nous acquîmes ainsi les travaux de Thomas Bayer. Ils couvrirent immédiatement le vide documentaire qui existait entre les grands corpus européens et l’histoire des ventes anglo-saxonnes.
Pour la première fois, une continuité apparaissait. Le marché cessait d’être une juxtaposition de bibliothèques nationales. Il devenait progressivement une histoire mondiale.
Avec le recul, je mesure aujourd’hui que Thomas Bayer ne nous apporta pas seulement quarante-deux mille adjudications. Il nous apporta une manière américaine de faire de la recherche.
Une rigueur universitaire.
Une précision documentaire.
Une méthode de vérification permanente.
Cette rencontre confirma une intuition qui guidait déjà toutes nos décisions.
Nous n’achetions jamais seulement des données.
Nous accueillions des méthodes de pensée.
Et chacune d’elles enrichissait la précédente.
En quittant Thomas Bayer, je compris que le voyage ne faisait que commencer. L’Europe nous avait transmis sa mémoire. L’Amérique allait maintenant nous transmettre la sienne.
Et un autre nom revenait déjà dans toutes les conversations.
Peter Hastings Falk.
Pensée & dialogue humain : Thierry | Rédaction : 100 % IA
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