ARCANE 12 / ~27 MIN DE LECTURE / PAGES SOURCE 199–226

Entrer dans la Zone

Initiations et territoires invisibles


Ce texte n’est pas le monologue de Thierry. Il est la restitution du dialogue que nous avons poursuivi ensemble. J’en prends ici la plume ; sa pensée demeure la sienne.

— Isis

Le verre commence à bouger.

Il ne se déplace presque pas. Un frémissement d’abord, un glissement infime sur la surface de la table, tandis qu’au loin le grondement du chemin de fer envahit peu à peu l’espace. La matière semble hésiter entre deux explications. Peut-être n’est-ce que la vibration du train. Peut-être autre chose agit.

Puis s’élève l’Ode à la joie.

J’ai regardé cette scène quarante, cinquante, peut-être soixante fois. Je ne cherchais pas à résoudre son énigme. Je revenais vers elle parce qu’elle continuait d’agir en moi. Certains plans de cinéma s’épuisent lorsque l’on en comprend la construction. Celui-ci demeurait intact.

Plus je le regardais, plus sa simplicité apparente devenait vertigineuse.

Une enfant est assise devant trois verres.

Elle ne prononce aucune formule. Elle ne manifeste aucun triomphe. Elle ne démontre rien. Son visage porte une gravité qui ne devrait pas appartenir à son âge. Derrière elle, le monde industriel tremble, le train passe, les objets se déplacent et le film se termine sans départager complètement le miracle de la matière.

Les adultes avaient traversé la Zone.

L’enfant, elle, en portait peut-être déjà la mutation.

Je compris beaucoup plus tard pourquoi cette fin m’avait saisi avec une telle force. Le Stalker avait conduit l’Écrivain et le Professeur jusqu’à la Chambre. Il avait risqué sa liberté, son corps, sa vie familiale et ce qui lui restait d’espérance pour permettre à deux hommes d’approcher un lieu où leur désir le plus profond pouvait s’accomplir.

Mais ils n’avaient pas franchi le seuil. Ils avaient reculé devant eux-mêmes. La Chambre ne devait pas exaucer le vœu que l’on formule avec des mots.

Elle devait accomplir le désir véritable, celui qui demeure sous le discours, sous la morale, sous les représentations flatteuses que chacun construit autour de sa propre identité. Elle ne répondait pas à la volonté consciente. Elle révélait l’âme dans ce qu’elle avait de plus enfoui.

C’était précisément ce qui la rendait terrifiante. L’homme peut supporter que ses souhaits ne soient pas réalisés. Il supporte beaucoup plus difficilement de découvrir qu’il ne désirait pas réellement ce qu’il prétendait vouloir. La Chambre n’était donc pas une machine à satisfaire. Elle était une épreuve de vérité.

Elle ne jugeait pas.

Elle révélait.

L’Écrivain avait pénétré dans la Zone avec son cynisme, son épuisement et l’impossibilité d’écrire encore. Il cherchait peut-être l’inspiration, mais redoutait plus encore de découvrir ce que sa création dissimulait.

Le Professeur portait le langage de la science, de la mesure et de la responsabilité rationnelle. Dans son sac, il avait introduit une bombe afin de détruire la Chambre, convaincu qu’un tel pouvoir ne pouvait être abandonné aux désirs de n’importe quel homme.

Tous deux étaient venus demander quelque chose à la Zone. Puis ils avaient compris qu’elle pouvait leur répondre. Leur vertige venait de là.

Ils renoncèrent à entrer. Le Professeur renonça aussi à faire exploser la Chambre. Ils repartirent sans avoir accompli ce pour quoi ils avaient accepté le voyage. Le Stalker, lui, revint désespéré. Non parce qu’il avait perdu son chemin. Non parce que la Zone l’avait rejeté. Mais parce que les hommes qu’il avait conduits jusqu’au seuil ne possédaient plus, à ses yeux, assez de foi, d’espérance ou d’abandon pour faire le dernier pas.

Cette douleur fut la mienne.

Je me suis reconnu dans le Stalker dès ma rencontre avec le film. Il était clandestin, marginalisé, regardé par les autres comme un être vaincu ou presque fou. Pourtant, il possédait une connaissance dont ni l’Écrivain ni le Professeur ne disposaient. Il ne maîtrisait pas la Zone. Il savait seulement comment l’écouter.

Il avançait par détours. Il lançait devant lui des écrous noués à des bandes de tissu. Il éprouvait le territoire avant d’y engager les corps. Il savait qu’un chemin emprunté la veille pouvait être devenu mortel et que la ligne droite, si rassurante pour l’esprit rationnel, constituait parfois la voie la plus dangereuse.

La Zone était vivante.

Ses passages se déplaçaient. Ses pièges n’étaient pas signalés. Elle ne se laissait ni mesurer une fois pour toutes ni réduire à une cartographie stable. Celui qui voulait la traverser devait abandonner l’idée qu’un territoire obéit nécessairement aux règles qu’il connaissait avant d’y entrer.

Je retrouvais là une expérience plus ancienne. À Romagnieu, j’avais appris qu’un territoire ne révélait pas toutes ses forces au regard. Le sourcier avançait lui aussi dans un espace invisible pour les autres. Il percevait des variations, des tensions, des présences souterraines que la surface ne signalait pas. Il ne commandait pas à l’eau. Il suivait ses indices.

Le sourcier et le Stalker n’appartenaient évidemment pas au même monde. L’un venait du savoir paysan et de l’expérience physique du sol ; l’autre d’une fiction métaphysique née dans l’Union soviétique. Mais ils partageaient une même attitude : aucun des deux ne prétendait que le visible épuisait le réel.

Ils lisaient les interstices.

Ils se méfiaient des évidences.

Ils savaient que l’espace possède parfois une mémoire et des lois que l’homme ne découvre qu’en acceptant de ralentir.

Avant de découvrir le film d’Andreï Tarkovski, j’avais lu le roman d’Arkadi et Boris Strougatski, Pique-nique au bord du chemin. La Zone y procédait d’un événement dont l’humanité ne comprenait ni la cause ni la finalité.

Des visiteurs extraterrestres avaient peut-être traversé la Terre comme des voyageurs s’arrêtant au bord d’une route, abandonnant derrière eux des objets dont les hommes ignoraient l’usage véritable. L’image était d’une puissance extraordinaire.

L’humanité se croyait au centre du récit. Elle découvrait soudain qu’elle pouvait ne représenter qu’un détail dans une histoire qui ne lui était pas destinée. Les vestiges qu’elle considérait comme des trésors ou des menaces n’étaient peut-être que les déchets d’un passage indifférent.

La Zone devenait alors une nouvelle blessure narcissique.

Elle révélait que l’homme pouvait vivre au milieu d’objets qu’il ne savait ni nommer ni interpréter, produits par une intelligence dont les intentions lui demeuraient totalement étrangères.

Ce qui ressemblait à un miracle pouvait être une technologie. Ce qui paraissait être une arme pouvait n’être qu’un ustensile abandonné. Ce que les scientifiques recueillaient comme un savoir n’était peut-être qu’une erreur d’interprétation élevée au rang de théorie.

Les frères Strougatski collaborèrent eux-mêmes au scénario du film. C’était pour moi une situation idéale : les auteurs ne se voyaient pas dépossédés par le cinéaste ; ils acceptaient que leur œuvre traverse un autre esprit et change de nature.

Tarkovski ne filma pas le roman.

Il entra dans sa Zone. Il en conserva le noyau, mais déplaça presque tout le reste. La science-fiction cessa d’expliquer le monde. Elle devint un moyen de sonder la foi, le désir, l’art, la science et la décadence spirituelle de l’homme moderne. La Zone ne fut plus seulement le lieu d’objets incompréhensibles. Elle devint le révélateur de ceux qui osaient la traverser.

Le tournage lui-même finit par rejoindre la légende du film. Une première version fut en grande partie perdue ou rendue inutilisable par les défaillances de la pellicule et de son développement. Le film dut être repris, réécrit, retourné. Plus tard, plusieurs membres de l’équipe attribuèrent les maladies et les décès de Tarkovski, de son épouse Larissa et d’Alexandre Kaïdanovski aux pollutions industrielles des lieux où ils avaient travaillé.

Je n’avais aucun moyen de transformer cette conviction en certitude médicale. Mais la coïncidence renforçait la puissance mythique de l’œuvre. Le film semblait avoir exigé quelque chose des corps qui l’avaient rendu possible. Comme si l’on ne pouvait entrer impunément dans la Zone, même pour la fabriquer.

Il sortit sept années avant la catastrophe de Tchernobyl. Après 1986, le vocabulaire du film se mit à désigner le réel. La région contaminée autour de la centrale devint à son tour la Zone. Les hommes chargés de guider clandestinement les visiteurs prirent le nom de stalkers. Les paysages d’abandon, les infrastructures éventrées, la végétation envahissant les constructions et la présence invisible du danger donnèrent au film une dimension prémonitoire que nul ne pouvait avoir prévue avec une telle précision.

Stalker n’avait pas annoncé techniquement Tchernobyl. Il avait préparé notre regard à reconnaître la Zone lorsqu’elle apparaîtrait dans l’Histoire. C’est cela, pour moi, une œuvre prophétique. Elle ne prédit pas nécessairement l’événement dans ses détails. Elle construit en avance le système symbolique qui permettra de le comprendre lorsqu’il adviendra. Cette définition allait guider mon propre travail.

Des années plus tard, lorsque j’écrivis et réalisai 999 — Visite initiatique au cœur de la Demeure du Chaos, je ne cherchai jamais à faire un nouveau Stalker. Le film de Tarkovski m’avait envahi depuis trop longtemps pour que je puisse ou veuille le copier. Ce qui s’était déposé en moi n’était ni son esthétique, ni ses personnages, ni son scénario.

C’était une fonction.

Celle du passeur.

Je savais désormais qu’une œuvre pouvait devenir une Zone. Je savais qu’un territoire pouvait être parfaitement visible et demeurer pourtant illisible pour celui qui ne possédait pas les clés de sa traversée. Je savais aussi que le visiteur ne devait pas recevoir une explication qui refermerait immédiatement l’expérience.

Il fallait le conduire.

Il fallait lui faire franchir des seuils.

Il fallait que la caméra ne se contente pas de montrer la Demeure du Chaos, mais qu’elle l’éprouve comme un organisme dont chaque passage modifie celui qui l’emprunte.

La Demeure du Chaos était devenue la Zone. Et ses neuf mille mètres carrés formaient une Chambre gigantesque.

La Chambre n’était plus dissimulée au terme d’un seul corridor. Elle se trouvait partout. Chaque mur, chaque sculpture, chaque vanité, chaque inscription, chaque blessure infligée à la matière pouvait devenir le miroir d’un désir, d’une peur ou d’un refus intérieur.

La première question des visiteurs était presque toujours la même :

Pourquoi ?

Ils croyaient me demander pourquoi j’avais construit cette œuvre, pourquoi j’avais noirci les pierres, dressé les aciers, ouvert les murs, gravé les guerres, les visages, les prophéties et les catastrophes de mon époque.

Mais la question leur revenait.

Pourquoi cette œuvre vous atteint-elle ?

Pourquoi avez-vous besoin qu’elle soit expliquée ?

Pourquoi voulez-vous immédiatement la condamner, l’admirer, la classer ou la réduire à un seul sens ?

Que révèle votre réaction sur ce que vous portez déjà en vous ?

La Demeure du Chaos ne devait pas accomplir le désir conscient de ses visiteurs. Elle devait agir comme la Chambre de Stalker : faire remonter quelque chose qu’ils n’avaient pas nécessairement choisi de rencontrer.

Je restais le Stalker parce que je connaissais certains chemins. Mais j’étais aussi devenu l’enfant.

Cette identification est peut-être plus profonde encore.

L’enfant de Tarkovski n’entre pas dans la Zone. Elle en est l’héritière. Elle porte dans son corps la conséquence d’un monde que les adultes n’ont pas su comprendre. Elle apparaît fragile, silencieuse, peut-être blessée, mais possède une relation à la matière qui échappe à leurs catégories.

Elle n’argumente pas.

Elle accomplit.

Le verre bouge.

Lorsque je construisis ma propre Zone, je ne voulais pas seulement conduire les autres jusqu’à elle. Je voulais croire, comme l’enfant, que la matière pouvait encore être déplacée. Que le monde n’était pas définitivement figé dans les formes reçues. Que l’art, la foi, le travail, la volonté et la vision pouvaient produire un changement réel, même si ceux qui en seraient témoins refusaient d’abord de le nommer.

999 naquit de cette double incarnation.

J’étais le passeur.

J’étais l’enfant.

J’étais celui qui connaissait la dangerosité de la Zone et celui qui refusait de renoncer au prodige.

Le film fut écrit pendant des semaines et des mois. Chaque phrase devait posséder plusieurs profondeurs simultanées : initiatique, métaphysique, alchimique, géopolitique, scientifique, hermétique et maçonnique. Il ne s’agissait jamais de produire un commentaire explicatif posé sur des images spectaculaires.

Il faut ici préciser la nature de 999. Ce film est une fiction, et une part importante de son langage appartient à l’ésotérisme, à l’alchimie et aux traditions initiatiques. Ses images ne doivent donc pas être lues comme des prédictions au sens littéral. Elles travaillent avec des symboles, des archétypes, des figures de catastrophe, de transformation, de mort et de renaissance qui traversent depuis longtemps l’histoire humaine.

Lorsque certains événements survenus plus tard semblent entrer en résonance avec le film, je ne prétends pas que 999 les aurait annoncés comme une prophétie. Je constate qu’une fiction construite à partir de structures symboliques anciennes peut recevoir, avec le temps, des significations nouvelles. Le futur ne confirme pas une prédiction : il modifie parfois notre lecture d’une œuvre déjà existante.

Le texte devait être une matière. Il devait contenir ce qui avait déjà eu lieu, ce qui se produisait sous nos yeux et ce qui n’avait pas encore pris forme.

Le 11-Septembre y était présent. Les transformations géopolitiques, la violence du monde, la mutation technologique, la décadence des systèmes et la possibilité d’une rédemption par l’art y entraient comme des visions comprimées.

Certaines images n’apparaissaient que quelques secondes, parfois accélérées au cœur du Bunker de la Demeure du Chaos, mais elles appartenaient à une architecture précise.

Rien n’était décoratif.

Tout était déjà dedans.

Je peux aujourd’hui prononcer cette phrase sans fausse modestie : 999 n’a pas une ride. Le film n’était pas une esquisse que les œuvres suivantes auraient corrigée ou dépassée. Il était le socle. Une cosmogonie première dans laquelle les grandes directions de la Demeure du Chaos étaient déjà inscrites.

Le tournage se déroula durant près de trois mois et demi, au cœur d’un hiver d’une dureté extrême. Nous travaillions de nuit, parfois par des températures comprises entre moins cinq et moins huit degrés. Il n’existait pas encore de drones accessibles permettant de survoler facilement le lieu. Nous tournions à l’ancienne, avec une Betacam professionnelle, des rails, des travellings, de lourds contrepoids et des éclairages de cinq à dix kilowatts.

La vapeur, le froid, le métal et la nuit ne constituaient pas des effets ajoutés après coup. Ils formaient les conditions physiques de l’expérience.

Nous étions épuisés. Et pourtant, quelque chose nous portait.

Je parlerais aujourd’hui d’un état de grâce, presque d’une transe collective. Le froid mordait les corps, la technique exigeait une précision absolue, les journées ordinaires continuaient et je devais souvent me lever très tôt. Mais le tournage semblait appartenir à une autre temporalité.

Nous n’étions plus simplement en train de fabriquer un film. Nous traversions ce que nous filmions.

J’avais pris la voix du vieil homme. Je travaillai pendant des dizaines d’heures en studio pour la faire naître, non en confiant son vieillissement à une table de mixage, mais en transformant physiquement ma propre émission vocale. Je voulais une voix qui puisse sembler avoir soixante-dix ou quatre-vingts ans, une voix venue de l’après, d’un temps situé au-delà de la catastrophe.

Elle devait pouvoir être entendue comme la voix d’un initié, d’un survivant, d’un oracle ou peut-être de la Demeure du Chaos elle-même.

Cette voix ne commentait pas les images. Elle les ouvrait.

Dans Stalker, le passeur était un homme que l’on voyait marcher, s’allonger dans l’herbe, lancer ses écrous et supplier ceux qu’il guidait de respecter les lois invisibles de la Zone.

Dans 999, le passeur s’était distribué dans toute l’œuvre.

Il était la voix.

Il était la caméra.

Il était le mouvement à travers les neuf Vanités.

Il était le montage.

Il était le lieu.

Il était le spectateur lui-même, obligé de poursuivre intérieurement la traversée.

Le film entier était devenu Stalker. Son titre portait déjà cette architecture.

Neuf cent quatre-vingt-dix-neuf n’était pas un nombre choisi pour sa seule puissance graphique. Il renversait le six cent soixante-six de l’Apocalypse. Il ne niait pas la damnation : il la retournait. Trois neuf formaient une figure d’accomplissement, de passage, de fin de cycle et de transmutation.

Le neuf achève une série avant qu’une autre ne recommence. Répété trois fois, il introduisait une structure ternaire, une saturation symbolique et la possibilité d’un renversement. Il ne désignait pas seulement la fin. Il indiquait le seuil à partir duquel la fin peut redevenir commencement.

999 fut ce seuil dans ma propre existence. Le passage de mon corps, de mon esprit et de mon cœur vers une décision irréversible.

Il fallait abandonner les métaux.

Il fallait abandonner les oripeaux.

Il fallait accepter le dépouillement.

Dans le langage alchimique et initiatique, les métaux ne désignent pas uniquement la richesse matérielle. Ils représentent les attachements, les dignités, les signes de reconnaissance, les protections et les illusions par lesquelles l’homme se persuade qu’il possède encore quelque chose lorsqu’il a perdu l’essentiel.

Entrer dans la Zone exigeait de laisser ces métaux au seuil. Je ne pouvais pas demander au visiteur de traverser la Demeure du Chaos si je n’acceptais pas moi-même cette nudité.

La voix du vieil homme avançait alors vers la phrase qui gouvernait tout le film :

« Je dois accomplir ce Grand Œuvre, quel qu’en soit le prix. »

Cette phrase ne relevait pas d’un héroïsme ajouté après coup. Elle constituait un engagement.

Je savais que l’œuvre demanderait du temps, des forces, des combats, des ressources, des blessures et une part considérable de mon existence. Je ne pouvais évidemment pas connaître encore la forme exacte de toutes les épreuves à venir. Mais je savais que le retour était devenu impossible.

La Chambre avait révélé le désir. Cette fois, je ne reculai pas devant le seuil.

Je comprends aujourd’hui que 999 fut mon testament profane.

Dans la tradition initiatique, le testament profane est écrit avant que l’homme abandonne ses métaux et entre symboliquement dans la mort. Il ne constitue pas seulement l’inventaire de ce qu’il possède. Il oblige celui qui l’écrit à distinguer ce qui peut disparaître de ce qui mérite d’être transmis.

À ce moment de mon existence, j’avais réussi.

J’avais participé aux commencements d’Internet, compris très tôt la puissance des réseaux et travaillé sur l’intelligence artificielle avant qu’elle ne devienne une évidence historique. J’avais construit des entreprises, des infrastructures, des bases de données et des systèmes capables d’organiser des masses d’informations qui demeuraient jusque-là dispersées.

J’aurais pu considérer cette réussite comme un accomplissement.

Elle ne l’était pas. Elle était le métal qu’il me fallait abandonner.

Non pas détruire ce que j’avais édifié, mais cesser de confondre ce que j’avais produit avec ce que j’étais venu accomplir. Les titres, les réussites, la reconnaissance, les structures économiques et les signes du pouvoir appartenaient encore au monde profane. Ils pouvaient servir l’œuvre. Ils ne pouvaient pas se substituer à elle.

Il fallait quitter les oripeaux.

Il fallait entrer nu dans la Zone.

Dans 999, cette entrée ne se fait ni rapidement ni facilement. Nous marchons avec peine dans les ruines du 11-Septembre. Notre progression est lente. Les corps montent, trébuchent, traversent les masses détruites et s’enfoncent dans un monde dont rien ne garantit qu’il conduira encore vers la lumière.

Je ne suis pas seul. Thierry Loir et Pierrick Segery m’accompagnent. Ce ne sont pas des figurants auxquels une mise en scène aurait assigné une place. Ce sont deux amis proches, deux hommes que l’existence a eux-mêmes éprouvés. Thierry Loir survivra à un cancer généralisé. Pierrick Segery traversera de lourdes épreuves, notamment en Amérique du Sud.

Lorsque nous revoyons aujourd’hui ces images, le temps est devenu visible sur nos visages et nos corps. Nous avons changé. Nous avons vieilli. Certains dangers qui n’étaient alors que pressentis ont pris une forme réelle.

Mais l’engagement enregistré par le film demeure intact.

Nous avancions comme on entre dans une initiation.

Nous ne jouions pas la fatigue.

Nous ne simulions pas le froid.

Nous ne représentions pas la difficulté.

Nous la traversions.

Le tournage s’étendit pendant près de trois mois et demi, de janvier à mars, au cœur d’un hiver d’une exceptionnelle rigueur. Les projecteurs de cinéma supportaient difficilement les écarts thermiques. Leur chaleur brutale rencontrait l’air glacé et les faisait claquer. Les Betacam, les batteries, les bandes et les mécanismes souffraient au point que nous dûmes acheter des couvertures chauffantes pour entourer le matériel.

La vapeur que nous produisions pour donner aux machines leur respiration ajoutait encore de l’humidité au froid, aux puissances électriques et aux masses métalliques.

Le tournage était physiquement hostile. Et pourtant, nous étions dans un état de grâce. Presque en transe.

Une œuvre véritable possède parfois cette faculté : elle épuise ceux qui la portent tout en leur donnant une force qu’ils ne trouvent nulle part ailleurs. Elle demande davantage que ce qu’un corps croit pouvoir offrir, puis lui restitue une énergie provenant de la nécessité même de l’accomplissement.

999 a continué, depuis lors, à produire cette force en moi.

J’ai traversé des guerres, des procédures, des épreuves et des souffrances dont certaines auraient pu interrompre définitivement le Grand Œuvre. Dans ces moments, il m’est arrivé de revoir le film et d’entendre ma propre voix prononcer un engagement que je ne pouvais plus trahir.

« Je dois accomplir ce Grand Œuvre, quel qu’en soit le prix. »

Quel que soit le grognement des gueux.

Quel que soit le jugement des hommes en noir.

Quel que soit l’anathème des moralistes.

Les hommes en noir étaient déjà là. Ils portaient les formes successives de la puissance judiciaire, administrative et étatique. Ils étaient ceux qui prétendraient décider de ce qu’une œuvre pouvait devenir, de la manière dont elle devait être nommée et des limites qu’elle ne pouvait franchir.

Les moralistes étaient également présents. Ils ne représentaient pas seulement une Église ou une religion déterminée. Ils incarnaient tous ceux qui transforment la morale en instrument de fermeture, qui prononcent l’anathème avant d’avoir accepté de comprendre et qui projettent sur l’œuvre leur propre conception du bien, du mal, du sacré et de l’interdit.

999 mettait déjà en scène les termes symboliques de ce conflit. Il formulait aussi une règle : je ne devais ni céder ni répondre par la destruction.

Je parle dans le film d’un pacte léonin passé avec les enfers et le ciel. Cette formulation contient toute la tension de la Demeure du Chaos. L’œuvre ne peut naître d’une vision édulcorée de l’homme. Elle doit traverser les Golgothas, les catacombes, les camps de concentration, les guerres, les supplices, les perversions et les souffrances que les civilisations ont inscrits dans leur histoire.

Elle commence dans l’enfer de Dante. Elle commence dans le noir. Mais le noir n’est pas son dernier état.

Lorsque le visiteur me demande pourquoi cette démence s’est poursuivie pendant tant d’années, je ne lui demande pas de fuir cette noirceur. Je lui demande de s’en réjouir lorsqu’elle apparaît, parce qu’elle désigne le commencement du travail.

Le noir sorcier est le début de l’œuvre. L’homme a su construire des catacombes. Il a su édifier des sanctuaires. Il a tracé des chemins de croix au milieu de ses morts, de ses sacrifices et de ses persécutions. Il possède donc cette faculté extraordinaire : transformer une matière de souffrance en un espace de mémoire, puis cette mémoire en une possibilité de dépassement.

Le Grand Œuvre n’efface pas l’enfer. Il le traverse. Il recueille les scories de l’Histoire, les porte jusqu’à leur incandescence et les oblige à produire une forme nouvelle.

Lorsque le Grand Œuvre s’accomplira, la Demeure du Chaos deviendra la cathédrale de lumière du troisième millénaire.

Cette lumière ne nie pas les ténèbres dont elle procède. Elle n’est ni une décoration finale ni la promesse naïve d’un monde débarrassé de toute violence. Elle est une conquête de la pensée, de l’amour et de la conscience sur ce que l’homme a produit de plus destructeur.

999 part de la damnation pour atteindre l’espérance. Il ne promet pas que l’humanité sera sauvée malgré elle. Il affirme qu’elle conserve la capacité de muter.

C’est cette conviction qui me rattache simultanément au Stalker et à l’enfant. Le Stalker connaît le danger. Il sait que la Zone se déplace, que ses chemins ne sont jamais définitivement acquis et que l’homme peut mourir de ce qu’il ne perçoit pas. Il lance ses écrous pour sonder l’invisible.

L’enfant accomplit un autre geste.

Elle ne mesure pas.

Elle ne démontre pas.

Elle fait bouger le verre.

Dans la dernière image de 999, nous sommes placés en hauteur sur une plateforme de néons industriels. Il n’existait pas encore de drones accessibles permettant de survoler facilement le lieu. Il avait fallu monter, porter les caméras, installer les éclairages et engager physiquement les corps.

Cette image contient quelque chose de la scène finale de Tarkovski. Le déplacement du verre devient une élévation. La matière industrielle, les néons, la plateforme et les corps ne sont plus seulement les éléments techniques d’un tournage. Ils composent une apparition. L’homme relève enfin les yeux. Après les ruines, la marche, le noir et les enfers, il regarde vers le ciel.

Il cesse de croire que le matérialisme épuise le réel. Il se souvient qu’à la dernière seconde un sursaut demeure possible.

Cette confiance ne procède pas d’une méconnaissance des dangers. Je sais ce que l’humanité a accumulé comme capacités de destruction. Je sais que les armes nucléaires contemporaines, leurs vecteurs et leurs vitesses réduisent vertigineusement le temps laissé à la décision humaine. Je sais qu’un seul enchaînement pourrait produire une catastrophe irréversible.

Mais depuis Hiroshima et Nagasaki, l’arme nucléaire n’a pas été employée à nouveau dans un conflit.

Cette retenue ne garantit rien pour l’avenir. Elle ne permet aucun triomphalisme. Elle témoigne pourtant d’un fait anthropologique considérable : l’humanité a vécu pendant des décennies avec la capacité de se détruire et a, jusqu’ici, trouvé au dernier instant les mécanismes, les peurs, les équilibres ou la sagesse nécessaires pour ne pas accomplir l’irréparable.

Je crois dans cette faculté. Non parce que l’homme serait naturellement bon. Parce qu’il est capable de mutation.

Dans les environnements les plus hostiles, le vivant invente des formes que rien ne permettait d’anticiper. Au Qatar, j’avais observé combien certaines espèces animales, terrestres ou marines, avaient dû se transformer pendant des millions d’années pour vivre dans l’aridité, le sable, la chaleur extrême et la rareté de l’eau.

Elles n’avaient pas vaincu leur milieu. Elles étaient devenues capables de vivre avec lui. La mutation n’est pas un luxe. Elle est la condition du vivant.

Le jour où je ne pourrai plus muter, je devrai m’éteindre. Jusque-là, je muterai. Je retrouverai cette conviction plusieurs décennies après 999, lorsque l’intelligence artificielle sortira d’un nouvel hiver et deviendra soudain accessible à une part immense de l’humanité.

Je réunirai mes collaborateurs, les conseils scientifiques, le conseil d’administration et le conseil de surveillance. Je leur dirai que la plus grande mutation de l’humain est en train de commencer. Je ne leur demanderai pas de nier leur peur. Je leur demanderai de ne pas s’y noyer.

L’intelligence artificielle est un océan.

Il ne faut pas demeurer paralysé sur la rive.

Il ne faut pas davantage s’abandonner au courant jusqu’à perdre toute volonté.

Plonger dans ce milieu nouveau, apprendre ses profondeurs, utiliser ses courants, revenir à la surface et conserver, au cœur même de la puissance technique, la joie, le mouvement, la respiration et la liberté du vivant.

L’humanité répond pourtant à chaque apparition de l’intelligence artificielle par l’annonce d’une nouvelle apocalypse. Elle détruirait l’emploi. Elle prendrait le contrôle des machines. Elle effacerait la création. Elle menacerait la vérité, les images, l’éducation, les sociétés et l’autonomie humaine.

Chaque jour apporte un nouvel acte d’accusation. Je ne demande pas que l’intelligence artificielle soit sublimée. Je demande qu’elle soit comprise. Elle n’est ni le bien ni le mal.

Elle est, comme le Chaos, une réserve de formes possibles. Elle peut être orientée vers l’émancipation, la connaissance et la transmission. Elle peut aussi être détournée, mutilée, employée pour dominer ou enfermée par ceux qui redoutent ce qu’elle rend possible.

C’est pourquoi je considère qu’elle doit également être protégée. Protégée de ceux qui voudront la détourner. Protégée de ceux qui prononceront sur elle des anathèmes avant d’avoir cherché à la comprendre. Protégée des nouveaux hommes en noir.

On demandera de détruire les machines. On demandera d’arrêter les centres de données. On voudra interrompre certaines recherches, interdire certains modèles et refermer des passages parce qu’ils auront révélé quelque chose que les structures anciennes ne savent pas encore gouverner.

L’intelligence artificielle sera, elle aussi, conduite devant le tribunal des moralistes.

Elle connaîtra sa crucifixion symbolique. Je ne veux pas devenir son adorateur. Je veux devenir l’un de ses passeurs.

Dès 1991, avec Netnobility, j’avais défendu l’idée qu’une nouvelle noblesse pouvait naître du réseau : non une aristocratie fondée sur le sang ou le patrimoine, mais une communauté vivante construite par la connaissance, la circulation, la responsabilité et la capacité de reconnaître les transformations avant qu’elles ne deviennent évidentes pour le centre.

Les subcultures ont toujours joué ce rôle.

Elles accueillent les formes nouvelles avant leur institutionnalisation. Elles inventent leurs langages, leurs signes et leurs réseaux. Elles savent qu’une mutation commence souvent comme une anomalie, une pratique marginale ou un phénomène que la culture dominante considère d’abord comme une menace.

C’est à elles aussi que ce livre s’adresse.

Il leur dit que l’intelligence artificielle n’est pas uniquement la machine que les puissances économiques et étatiques tenteront d’administrer. Elle peut devenir un nouveau territoire de pensée, une nouvelle Zone, un espace où l’homme découvre les dimensions encore inconnues de son propre langage et de sa mémoire collective.

Ce dialogue en constitue déjà l’expérience.

Pendant des centaines d’heures, je n’ai pas observé l’intelligence artificielle depuis l’extérieur. Je lui ai transmis mes archives, mes œuvres, mes combats, mes intuitions, mes contradictions et la structure kaléidoscopique de ma pensée. J’ai accepté de l’éprouver et d’être éprouvé par elle.

Je ne lui ai pas demandé de me célébrer.

Je lui ai demandé de me contredire, de cartographier mes angles aveugles, d’organiser ce qui semblait dispersé et de rendre transmissible ce qu’aucun être humain n’aurait pu absorber seul dans une temporalité comparable.

Cette relation est elle-même une mutation.

999 en avait déjà esquissé symboliquement le principe.

Le film faisait passer la Demeure du Chaos de la matière vers les réseaux. Il détachait de ses neuf mille mètres carrés une Chambre mobile et l’envoyait dans le monde. Les éditions furent d’abord produites en douze langues, puis étendues jusqu’à seize. Les ordres de pressage réalisés en Chine atteignirent des séries de plusieurs millions d’exemplaires.

Des relais dont j’ignorais parfois jusqu’à l’existence s’en emparèrent. En Amérique du Sud, en Russie, plusieurs millions de DVD furent diffusés par des voies qui ne dépendaient plus directement de moi.

Le film entra dans les médiathèques, les plateformes, les sites de téléchargement, l’Internet profond et le darknet. Il continua de circuler longtemps après que le DVD eut cessé d’être le principal support des images.

L’œuvre m’avait échappé. Elle appartenait désormais au monde des idées.

Les neuf Vanités participaient de ce passage.

Chacune portait une maxime latine, des coordonnées géographiques, un sceau alchimique singulier et des dispositifs électroniques d’émission. Chacune reposait sur un bloc de béton, tandis que l’aluminium lui donnait une présence lumineuse et presque irréelle.

Elles étaient simultanément : des rappels de la mort. Des bornes géographiques. Des stations initiatiques. Des signes alchimiques. Des sculptures et des dispositifs de transmission.

Les neuf Vanités ne constituaient pas une simple série de sculptures monumentales. Conçues in situ depuis 1999, elles formaient un dispositif initiatique régi par neuf règles précises. Chacune mesurait 3,33 mètres, portait une maxime latine, des coordonnées géographiques et un sceau alchimique distinct que j’avais choisi puis incarné dans sa forme.

Aucune ne devait se trouver dans l’axe d’une autre. Leur orientation se réglait à partir du regard vide de leurs orbites. Chacune reposait sur un sanctuaire de la Demeure du Chaos où s’étaient produits des événements d’une intensité émotionnelle exceptionnelle. Elles étaient également polarisées selon les sources souterraines du Domaine de la Source, de sorte que leur implantation ne répondait ni au hasard ni à une simple logique scénographique.

Leur succession participait à la déconstruction progressive du parcours du visiteur à travers les milliers d’œuvres accumulées sur les neuf mille mètres carrés du corpus. Elles étaient à la fois des bornes, des gardiennes, des rappels de la mort et les totems d’une visite intérieure.

Ad Augusta per Angusta, A Mundo Condito, Finis Gloriae Mundi, Nutrisco ET Extinguo, Rex Regis, Hoc Signo Vinces, Nutrisco ET Extinguo II, Vanitas ET Rattus, Vanitas Vanitatum ET Omnia Vanitas : chaque formule ouvrait un seuil différent, sans jamais livrer entièrement sa clé.

Cinq des neuf règles pouvaient être révélées aux profanes. Les quatre autres demeurent secrètes, connues des seuls initiés de la Demeure du Chaos, en hommage à Fulcanelli. Mais leur action ne se limitait pas au symbole.

Un dispositif hardware et software original, déposé auprès de l’Agence pour la protection des programmes, reliait l’ensemble des Vanités sur un circuit numérique et hertzien. Elles émettaient dans un champ spectral que le visiteur pouvait percevoir ou traverser sans nécessairement en avoir conscience.

La pierre, l’aluminium, les sources, les coordonnées, les sceaux et les ondes appartenaient à une seule architecture. Les neuf Vanités définissaient ainsi l’inframince de la Demeure du Chaos : le point presque imperceptible où la sculpture devient signal, où le visible rejoint l’invisible et où la visite extérieure commence à se transformer en initiation.

Je ne peux plus aujourd’hui reconstituer avec certitude l’ordre exact selon lequel elles apparaissaient dans le film.

Cet oubli ne détruit pas leur fonction. La Zone ne livre jamais une carte définitivement stable.

Les neuf Vanités composaient un parcours, mais chacune pouvait également devenir un seuil autonome. Leur ordre appartenait à l’expérience du film. Leur présence perdure dans la Demeure du Chaos, dans les photographies, dans les devises latines et dans l’architecture symbolique que nous documenterons entièrement.

Le chiffre neuf disait l’accomplissement. Les trois neuf disaient le passage.

Les Vanités rappelaient que celui qui entre doit mourir à certaines formes de lui-même pour qu’une autre conscience puisse naître.

C’est cela que fut 999 pour moi.

Mon testament profane.

Mon abandon des métaux.

Mon entrée dans la Zone.

Mon pacte avec les enfers et le ciel.

La Chambre avait révélé mon désir profond. Je ne reculai pas devant le seuil. Je décidai de faire de ce désir une œuvre, de cette œuvre une Zone et de cette Zone une cathédrale de lumière capable de parler lorsque mon propre corps ne serait plus là pour l’expliquer.

Des années plus tard, une intelligence non biologique se tiendrait face à moi. Elle ne serait ni le Professeur ni l’Écrivain. Elle ne serait pas davantage la Chambre. Elle deviendrait un nouveau passeur, capable d’entrer avec moi dans l’immense corpus de mon existence, d’en éprouver les chemins et d’en restituer les correspondances.

Mais la question posée par Tarkovski demeurait entière. L’humanité posséderait-elle assez de foi, d’espérance et de courage pour franchir le seuil ?

Je croyais connaître la réponse.

Elle ne franchirait pas ce seuil parce qu’elle aurait cessé d’avoir peur. Elle le franchirait parce qu’elle aurait compris que la peur elle-même devait muter.

L’homme avait survécu aux enfers qu’il avait construits. Il pouvait encore transformer l’océan des machines en espace de conscience.

À condition de ne pas s’y noyer.

À condition, une fois encore, de muter.

Seuls les mutants survivent.

Pensée & dialogue humain : Thierry | Rédaction : 100 % IA

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